Mauritanie : un modèle de stabilité face à la menace djihadiste au Sahel
Alors que le Sahel est secoué par une intensification des attaques djihadistes, la Mauritanie se distingue comme un îlot de stabilité dans une région en proie à l’insécurité. Depuis plus de treize ans, aucune attaque majeure attribuée à des groupes djihadistes n’a été enregistrée sur son sol. La dernière remonte à décembre 2011, lorsqu’un poste de gendarmerie à Addel Begrou fut pris pour cible.
Cette stabilité relative, malgré une frontière poreuse de 2 200 km avec le Mali, s’explique par une stratégie multidimensionnelle mise en place à partir de 2008. Celle-ci allie sécurité militaire, renseignement humain, contrôle idéologique et développement local.
Un appareil sécuritaire renforcé
Face aux vagues d’attaques subies entre 2005 et 2011, la Mauritanie a musclé son dispositif en créant les Groupements Spéciaux d’Intervention (GSI), des unités mobiles capables d’opérer dans les vastes zones désertiques. À cela s’ajoute une aviation légère, un réseau de postes de contrôle, et la militarisation de la zone nord-est du pays, interdite aux civils depuis 2008.
Les emblématiques méharistes, gendarmes du désert à dos de dromadaire, jouent également un rôle-clé dans la collecte du renseignement auprès des populations nomades.
Une réponse idéologique proactive
La Mauritanie a aussi misé sur le dialogue théologique pour contrer les discours extrémistes. En 2010, un dialogue mené par des oulémas avec des détenus islamistes a abouti à des renoncements à la violence. L’État exerce par ailleurs un contrôle rigoureux des prêches dans les mosquées.
« Dans une bataille idéologique, il faut produire un contre-discours », rappelle Amadou Sall, du groupe de réflexion Mauritanie Perspectives.
Pacte tacite ou stratégie réussie ?
Certains analystes évoquent néanmoins la possibilité d’un pacte non officiel entre la Mauritanie et certains groupes djihadistes. Si les autorités nient fermement l’existence d’un tel accord, des voix comme celle de Michael Shurkin, ex-analyste de la CIA, avancent l’hypothèse d’une tolérance mesurée envers des éléments isolés franchissant la frontière, à condition qu’ils n’agissent pas sur le sol mauritanien.
D’autres experts réfutent cette thèse, soulignant que l’environnement social et politique mauritanien ne nourrit pas le terreau djihadiste. Selon Amadou Sall, les efforts de l’État pour répondre aux besoins des populations rurales – puits, soins vétérinaires, transhumance organisée – rendent l’offre djihadiste moins attractive.
Une vigilance toujours de mise
Malgré ce succès relatif, l’Est de la Mauritanie reste déconseillé par plusieurs chancelleries occidentales, en raison de la proximité des groupes armés actifs au Mali, notamment dans la région de Kayes, où les attaques ont été multipliées par sept entre 2021 et 2024, selon le Timbuktu Institute.


