Dialogue national en Mauritanie : une réunion préparatoire décisive entre Ghazouani et les partis politiques sur fond d’espoirs et de divergences

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La Mauritanie s’apprête à franchir une nouvelle étape dans le processus de dialogue national avec la tenue, jeudi prochain 8 janvier, d’une première réunion préparatoire réunissant le président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani et des représentants des partis politiques de la majorité et de l’opposition, dans un climat mêlant attentes de consensus et divergences persistantes.

Cette rencontre, considérée comme la plus importante depuis l’annonce par le chef de l’État de son initiative de dialogue, rassemblera quarante personnalités politiques réparties équitablement entre la majorité présidentielle et l’opposition. Vingt sièges ont été attribués aux partis soutenant le gouvernement, contre vingt aux forces de l’opposition, conformément aux modalités arrêtées.

Du côté de l’opposition, la moitié des sièges a été accordée à l’Institution de l’opposition démocratique, tandis que les autres sièges ont été répartis entre les partis non représentés au Parlement et ceux récemment agréés. Au sein de l’Institution, la liste des représentants a été finalisée à l’issue d’une réunion interne marquée par un boycott d’un de ses partis membres, alors que les trois autres se sont partagé les sièges. Le parti Tawassoul sera représenté par quatre membres, tandis que Joud et Sawab disposeront chacun de trois représentants, une répartition qui, bien qu’elle reflète les équilibres internes, a suscité des débats et des critiques.

Parallèlement, plusieurs formations d’opposition, notamment des partis en attente d’agrément, ainsi que des instances et des personnalités politiques, ont exprimé leurs réserves quant au mécanisme de désignation des participants, estimant ne pas avoir été suffisamment associées à son élaboration. Ces groupes avaient auparavant constitué un comité restreint pour rencontrer le président de la République et lui exposer ce qu’ils considèrent comme des conditions préalables à tout dialogue crédible, notamment en ce qui concerne les mécanismes de supervision, les garanties de mise en œuvre des conclusions et l’établissement d’un ordre du jour clair et contraignant.

Ces acteurs hésitent encore entre participation, exigence d’une réunion préliminaire ou boycott pur et simple. Toutefois, selon plusieurs observateurs, le manque initial de clarté sur les modalités de préparation et de communication a progressivement laissé place à une meilleure visibilité, à la faveur des invitations officielles confirmant la tenue de la réunion, traduisant la volonté de la présidence de reprendre l’initiative après des mois d’incertitude.

Le président Ghazouani devrait ouvrir personnellement la réunion et en présider les travaux, une décision lourde de portée politique, marquant le passage d’une coordination indirecte à un pilotage présidentiel direct du dialogue. Cette implication confère une responsabilité accrue à l’ensemble des parties et fait des conclusions de cette rencontre un indicateur clé de leur engagement réel.

Selon des sources proches des cercles décisionnels, la réunion portera sur la présentation des différentes approches concernant les volets politique, électoral et législatif du dialogue, sur le mécanisme de gestion et de supervision, ainsi que sur l’élaboration d’un calendrier pour le lancement effectif des sessions, dans l’objectif de dégager une formule consensuelle ouvrant la voie à l’officialisation du dialogue dans les prochains mois.

Cette réunion est largement perçue comme un test déterminant pour un processus longtemps attendu. Le désaccord ne porte plus sur le principe du dialogue, désormais admis par la majorité des acteurs, mais sur sa capacité à déboucher sur des solutions concrètes et applicables. Une feuille de route claire, assortie d’échéances précises et de garanties partagées, pourrait ouvrir une phase politique plus apaisée. À l’inverse, un échec risquerait de raviver les suspicions et d’approfondir la crise de confiance entre le pouvoir et l’opposition.

Dans ce contexte, certaines voix de l’opposition continuent de souligner l’impossibilité de s’engager sans garanties politiques claires. Yacoub Lemrabott, président du parti « Défi », actuellement en attente d’agrément, a affirmé que sa formation n’a désigné aucun représentant aux réunions liées au dialogue, conditionnant toute participation sérieuse à des garanties concrètes, telles que la libération des prisonniers d’opinion et l’agrément des partis remplissant les conditions légales. L’absence de telles mesures alimente, selon lui, des doutes sur la crédibilité et les résultats du dialogue.

De son côté, Ahmed Ould Haroun, chef du parti des Forces de libération, également en attente d’agrément, a ironisé sur le processus, estimant qu’« un dialogue dont les places sont attribuées avant même que les invités ne soient reconnus ressemble à un théâtre où le spectacle commence avant l’entrée des acteurs ».

À l’issue de l’élection présidentielle, le président Ghazouani avait réaffirmé sa volonté d’organiser un dialogue politique global et inclusif, couvrant l’ensemble des questions nationales. Il avait confié la coordination de ce processus au vétéran politique Moussa Fall, misant sur son expérience et son réseau pour favoriser le rapprochement des points de vue.

La phase préparatoire du dialogue s’est déroulée en plusieurs étapes, allant de la consultation initiale et de la construction de la confiance, à l’examen du fond et de la méthodologie, avant l’élaboration d’un rapport exhaustif remis au président le 13 octobre 2025. Après une période de stagnation critiquée par l’opposition, le processus est entré ces dernières semaines dans une phase plus dynamique, marquée par des contacts intensifs ayant abouti à la convocation de la réunion de jeudi prochain.

Entre espoirs de consensus et risques d’impasse, cette rencontre s’annonce ainsi comme un tournant décisif pour l’avenir du dialogue national en Mauritanie.