L’OMVS : un modèle résilient de coopération transfrontalière en Afrique de l’Ouest, mais menacé par des fragilités financières
Alors que l’Afrique de l’Ouest traverse une période de fortes tensions politiques, marquée notamment par la rupture entre les trois États de l’Alliance des États du Sahel (AES) et la CEDEAO, l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) demeure l’un des rares cadres de coopération régionale qui résistent à la fragmentation. Composée de la Mauritanie, du Sénégal, du Mali et de la Guinée, l’OMVS continue de fonctionner avec efficacité autour d’un objectif commun : la gestion solidaire et durable des ressources du fleuve Sénégal.
Invité de l’émission de Christophe Boisbouvier, le Haut-Commissaire de l’OMVS, le Mauritanien Mohamed Abdel Vetah, a souligné que la véritable menace pesant sur l’organisation n’est pas politique, mais financière. Il met en garde contre le risque de dégradation des infrastructures hydrauliques, si les sociétés nationales d’eau et d’électricité ne s’acquittent plus de leurs obligations financières. « Sans paiement régulier, les barrages tomberont en ruine », prévient-il.
Revenant sur les inondations exceptionnelles de fin 2024, qui ont affecté plus de 50 000 personnes et 16 000 hectares de terres agricoles, M. Abdel Vetah a insisté sur l’efficacité de la coordination régionale et des systèmes d’alerte précoce. Les barrages de Manantali et Diama ont été opérés de manière stratégique pour réduire l’impact des crues. « Sans notre intervention, le bilan aurait pu être bien plus dramatique », affirme-t-il.
Concernant les prévisions hydrologiques pour le second semestre 2025, le Haut-Commissaire anticipe des crues excédentaires dans le haut bassin (Guinée et Mali), ce qui accentue les risques d’inondations en aval.
Malgré les bouleversements géopolitiques dans la région, l’OMVS se présente comme un exemple de coopération pragmatique et durable, transcendant les clivages politiques. « L’OMVS, ce n’est pas la CEDEAO », rappelle Mohamed Abdel Vetah, avant d’ajouter : « La coopération n’est pas un luxe, c’est une nécessité. »
Pour lui, trois priorités s’imposent pour renforcer la résilience de l’organisation :
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Tirer parti du changement climatique pour mobiliser des financements en faveur de l’innovation.
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Maintenir un dialogue politique constant et de haut niveau entre les États membres.
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Investir dans la jeunesse, acteur clé du développement et de la résilience régionale.
Il conclut en appelant les États membres à honorer leurs engagements financiers, soulignant que « ce que nos prédécesseurs ont construit avec courage et vision, nous devons le préserver avec responsabilité et solidarité. »
L’OMVS, au-delà de son rôle technique, apparaît plus que jamais comme un instrument de paix, de développement et de cohésion régionale, dans une Afrique de l’Ouest en quête de repères stables.


